mercredi 26 février 2014

Lu dans "Ruski Babousch", Seraing, rubrique "Ah, les jolies ballades !"

"Je ne supporte pas que qui que ce soit me mette en tête une chanson à la con qui me perturbe la journée durant…
Ce matin, je me promenais sur les quais de la Yourte. Michel Sardou fredonnait « Ne m’appelez plus jamais France » en continu dans ma large boîte crânienne, et ça commençait doucement à me courir… 
Avec un succès relatif, je parvenais presqu'à faire taire ce génie de la chanson française. Mais je m’en rendais bien compte ; il fallait y aller tout doucement, ne pas brusquer le mental…
Après une heure de laborieux exercices mentaux, le succès était au rendez-vous. J’étais tout fier de moi et de ma psyché à toute épreuve ; résister à Sardou plus d’une matinée, c’est plus fort que fort, c’est castard. 
Tout sourire, je poursuivais ma marche et laissait mon regard s’attarder sur les multiples beautés côtoyant ce cours d’eau noble et froid…
C’est alors que je la vis, de loin, de très loin. Elle avait cette silhouette de reine d’Espagne, le dos cambré sur un vélo sicilien (et donc volé), un port de noblesse cool, magnifique…
Elle pédalait très bien, ce qui, chez une femme, ne cesse de me surprendre…

Elle se rapprochait... A moins de 10 mètres de moi, je l’entendis… Elle sifflotait gaiement, sur l’air du « tou tou you tou », version Véronique et Davina…
Lorsqu’elle fut à ma hauteur, impossible de me contenir ; je l’ai balancé à la flotte sur l’air du tradéridéra…"



















Photo : Véronique, Davina et l'étalon sicilien (bords de Yourte, 1999).

Lu dans "La voie du nord" de Tautilly Sur Borne

Un chien dérobe un tableau – Stupéfaction dans le quartier – Une galeriste témoigne
De notre envoyé spécial

« Je sortais de chez ma sœur… »

C’est l’horreur qui se peignait sur tous les visages des passants de la rue Macheroule, ce lundi matin ; une scène stupéfiante s’était en effet jouée quelques instants auparavant.
Écoutons une passante, Madame Ksush : « Je sortais de chez ma sœur qui n’est pas bien pour acheter 2 pains au chocolat, un pour moi, l’autre pour mélanger avec la pâtée de Canaille, quand j’ai aperçu un individu de race canine qui, toute voile à fond la caisse, est entré en hurlant des insanités dans la galerie d’exposition d’art de peintres et de tableaux, à reniflé partout, comme s’il savait ce qu’il cherchait, a tiré l’échelle qui traînait là dans un coin, l’a escaladée, et a décroché un tableau, un grand très cher, tout plein de traces de canifs suisses dessus. Mon sang n’a fait qu’un tour, et je me suis mise à penser en moi-même à ce qu’il fallait faire… J’ai alors décidé de hurler de toutes mes forces.»

« Elle était très grossière, mais bon… »

« Quand j’ai repris ma respiration pour crier encore, parce que je savais pas encore ce qu’il fallait faire et qu’il était pas question que je fasse rien, j’ai vu une jeune mademoiselle qui sortait en criant et en hurlant elle aussi plein d’insanités, que j’ai pu comprendre cette fois-ci. Elle était très grossière, mais bon, je comprends.
Elle a couru et couru, mais un chien, ça va très vite, même avec un tableau dans la gueule. Alors elle s’est arrêtée et elle a pleuré toute seule au milieu de la place. Et puis elle est devenue toute rouge et a mangé son beau foulard. Ça l’a calmé et elle a appelé les forces de l’ordre. Mais ici, c’est un quartier tranquille et on ne veut pas d’histoires »

« Elle a fait ce qu’il fallait faire »

Cette jeune femme, c’est Sandrine M., la courageuse employée de la Galerie « Aquarelle et Fusain, c’est Bien ». Bien sur, elle n’a pas rattrapé le chien, et son patron va sans nul doute, lui aussi, crier pas mal d’insanités (on ne sait toujours pas, à l’heure de la mise sous presse de cette édition, si ces insanités seront, oui ou non, ordurières et/ou compréhensibles). Elle a pourtant, de l’avis unanime des passants de la rue Macheroule de ce tragique lundi, fait ce qu’il fallait faire. Mais écoutons-la :
« J’étais au téléphone avec un copain pour qu’il me rende ma voiture, une Simca. Il avait deux jours de retard. Il était en train d’essayer de m’attendrir en me disant qu’il s’était fait les deux employées de la galerie concurrente, alternativement sur la banquette arrière pour la première et en travers du frein à main pour la seconde, ce qui doit faire très mal. 
J’allais lui dire ma façon de penser, en bref que j’espérai qu’il n’avait rien laissé de dégoûtant dans la voiture, que ça ne me faisait pas vraiment sourire, et que de toute façon, ça ne changeait rien à l’affaire !
J’en étais donc là à essayer d’en placer une, déjà un peu rouge, quand j’ai entendu, car j’ai d’abord entendu, un certain volume croissant d’insanités que je supposais ordurières. Et puis, il est entré, un très beau berger malinois... Et moi, j’étais paf ! L’autre au téléphone continuait à m’amadouer en décrivant l’anatomie de la seconde, celle du frein à main, le chien reniflait et moi j’ai regardé l’heure, mais je ne sais pas pourquoi.
C’est quant il a commencé à tirer l’échelle que je me suis aperçue qu’il était 10.30 et qu’il fallait à tout prix que je recommence à m’intéresser à ce qui se passait autour de moi. J’ai donc branché l’enregistrement téléphonique, ce que l’autre malhonnête racontait pouvait devenir intéressant dans le contexte féroce du commerce de l’art des tableaux, et je me suis adressé au chien en lui disant « mais enfin, mais enfin, mais enfin !!! ». Çà n’a pas marché …!
Il a enfourné le tableau, et après m’avoir jeté un regard inexpressif, il s’est dirigé vers la porte. Là, j’étais de retour, prête au combat. Je me suis donc mise à courir et à courir et à courir. Mais c’était un grand chien malinois. Je râlais très fort ; il aurait pas fait beau être chien et passer à ma portée à ce moment-là.»


« je me suis mise à manger le foulard »

«J’ai d’abord pleuré, et de pleurer, ça m’a encore plus énervé. Alors, je ne sais pas très bien pourquoi, je me suis mise à manger mon foulard. Heureusement, le tableau ne valait rien (c’était l’œuvre d’un ancien chef scout venu sur le tard à la peinture au canif suisse) et mon patron a rigolé. Et puis, l’autre malhonnête m’a rendu ma voiture.
Je veux remercier tout le monde car ce n’était pas facile, le téléphone, le chien, le débile et le foulard, et on m’a pourtant soutenue ».


Aux dernières nouvelles, il n’ y a pas de nouvelles. Nous menons l’enquête et ne manquerons pas de vous tenir au courant des développements de cette sombre affaire.




















Photo : passants de la rue Macheroule.

mercredi 25 décembre 2013

Lu dans "La Ligne" de Broix-Le-Doux, rubrique "La santé par les plantes"

Relire les événements, les nôtres comme ceux du monde, est très humain. Çà aide beaucoup ! Comprendre une rupture, donner sens à un meurtre, justifier une guerre, cela n'est pas aisé (le concept "guerre" est obligatoirement accompagné d'autres concepts, très jolis aussi : les bons et les méchants, les cailloux et les frappes chirurgicales, les coupables, morts, et les innocents, morts aussi).
L'absence de sens est parfois d'une incroyable ténacité, et ce n'est pas 1 fois, mais tout le long de la vie que le cinéma intérieur tient séance.
Certaines réalités sont faciles à relire, et peu de séances sont nécessaires :
Vous avez abandonné votre chat en plein mois d'août ? Ce n'est pas bien, certes, mais il avait des puces, urinait n'importe où et coûtait un fric bête... Avec ces 3 prétextes et une dizaine de courts-métrages internes (tout seul à soi-même, ou en société, dans une conversation qui aborde vaguement un des 3 prétextes cités ci dessus), l'affaire est faite, et le minet oublié.
Vous avez dérobé un billet de 50 euros dans le portefeuille de votre maman ? Ce n'est pas bien non plus, mais...
Elle est avare et riche à millions ? La tache est aisée : elle l'a bien cherché !
Si par contre sa petite pension lui permet à peine de joindre le 1er au 20 du mois, vous êtes bien embêté, et à moins de n'avoir aucune conscience (ce qui dans ce cas constitue un net avantage), vous êtes dans l'obligation immédiate d'une exceptionnelle créativité ("j'en avais désespérément besoin", et tous les autres jolis concepts, seuls à même de confirmer l'étendue de votre malheur).
Plus rapide et moins créatif, rendre le billet ; la culpabilité s'est envolée, mais votre cata financière est re-là, et pour tout dire, c'est petit. 

 
 


Photo : équipe de la Société Protectrice des Animaux, août 1999, bord d'autoroute.

samedi 14 décembre 2013

Lu dans "Rock moi ma soeur", rubrique "Histoire de la diarrhée"

"Les tourments de la puberté ne sont rien, mais alors rien, en comparaison de la vie que me fait mon voisin Robert…
Sa crise de puberté à lui dure depuis 1 an, et bien que tardive (Robert accuse quand même 53 ans), elle n’en est pas moins puissante.
Toute sa vie, Robert a écouté RTL, fredonné Michel Sardou ou André Rieux, et ciré les parquets de danse sur Adamo, Cloclo et tous leurs désuets copains et copines mielleux de masse.
C’est à 52 ans que tout a changé. Inquiet (à juste titre) de la santé mentale de son arrière petite fille (Robert a eu son premier enfant à 13 ans), il a fouillé la chambre très heavy gothique de cette dernière, plongé ses mains fouineuses au fonds des tiroirs, reniflé mâlement le matelas et appuyé sur la touche « play » de la chaîne Hifi.
Et là, miracle pour Robert, malédiction pour ses proches, il a aimé ! Robert venait de découvrir le Heavy-Electro-Punk-Trash, et il vibrait grave…
Depuis, c’est l’enfer. Robert a transformé son salon en mini bar dark et répertorie consciencieusement tous les classiques bruyants du genre, ampli à fond.
Les chiens et chats du quartier (les survivants) tirent des tronches de maladies incurables et font sous eux au moins 2 fois par jour.
Le voisinage s’étiole, les enfants rentrent tôt et le marchand de glace évite désormais notre rue…Putain de Robert !

Jacques Toutbrun, de Awailles

Photo : Robert équipé d'un I-Pod 25000Watts et 2 psychologues (C.S. et C.D.), désespérées et désormais sourdes

jeudi 12 décembre 2013

Lu dans "Barbatruc", rubrique "enfant qui geint n'obtient rien"

La chaise, pour Robert, c’est sacré…
Il y a un an de cela, un samedi soir de famille sans enfant partis nocer, Marguerite, la tendre de Robert, n’y tenait plus. Elle désirait son homme plus que tout et s’en vint le chevaucher, timide mais décidée, sur la chaise où, quelques instants auparavant, Robert délaçait ses chaussures et reniflait béat ses chaussettes.
L’idée lui était venue le mercredi, patientant sa 17ème dévitalisation dans une salle d’attente vide et triste. Elle avait pris le « Femmes d’aujourd’hui » sur la pile de périodiques, espérant y dégoter une idée de recette pour dimanche, et avait ainsi, et bien hasardeusement, découvert dans un article féerique les bonheurs super sympas de l’amour assis…
Pris de court par cette première, Robert se laissa faire, et l’énergie de Marguerite fit le reste : une chaise pliée et un Robert aux anges, comblé par la nouveauté et prêt, un bon 3 quarts d’heure plus tard, à essayer une autre chaise, plus solide celle là…
Aucune ne fit l’affaire et après ce premier orgasme assis et tonitruant, la chaise ayant cédé post-oula-oula-oula-oulala, aucune de leurs tentatives n’aboutit, chaises fragiles et corps arrondis se mariant difficilement.
Il fallait trouver une solution, Robert s’y employa…

Photo : Robert, Marguerite et ta sœur sont très pensifs (Ag. Boutroulle, Tongrines, 1999)

mercredi 23 octobre 2013

Lu dans « L'Occident Chrétien », rubrique « Notre psychologue vous répond : comment dresser vos filles et vos chiens »

La vipère vitupère.
La vipère, c'est Madeleine, 12ème et bonne dernière d'une fratrie comptant 11 garçons, tous de merde.
Tout jeunes, morveux terreurs du quartier, des chats, chiens et humains à portée de main, de cutter, de catapulte ou de crachats.
Adolescents, redoutés pour leurs blagues dignes d'un monsieur zygo pervers et camé à la colle hillarico-sadique.
Jeunes hommes, craints en solo comme en bande pour leurs passages aussi dévastateurs que brefs et bruyants.
Ils possédaient aussi une créativité sans égale dans la fabrication d'un dico nouveau genre, celui des mots qui tuent, qui puent, qui suent le sexe et le sang, qui exsudent le chien éventré lentement et la Marie douce ou couche-toi-là qui ne rentre chez elle que pour panser ses plaies, vomir et s'appliquer massivement et tout doucement un onguent réparateur de muqueuses en tout genre...
Du plus petit au plus grand, tous étaient maitres du tordu décalé, du néologisme assassin et d'un exhibitionnisme aussi puissant que leur manque d'hygiène.
Ils n'avaient pour parents que des alcolos rabougris et plissés par la mauvaise bière qui fait pisser et se passionner pour le télévie d'RTL.
Toutes libertés leur étaient laissées, voire encouragées, à la seule condition qu'ils ne dévastent pas le bistrot familial ; c'était le QG parental matinal et tardif, point de départ et terminus des comas ronflants et baveux du nez comme de la bouche, épaule contre épaule, totale solidarité!
Madeleine, toute jeune, ne manquait jamais de fermer la porte de sa chambre à clé, de la renforcer avec une chaise, défit que ses frérots ne manquaient que rarement de relever. Ils défonçaient, cassaient tout et lui proposaient un dépucelage précoce à 11 sexes, pour le seul plaisir d'entendre la môme pousser son cri qui tue et voir ses larmes noircir ce visage déjà gris...
A 15 ans, elle était partie de la caverne, surnom mignon d'une bâtisse sans rideaux, aux carreaux souvent brisés et remplacés par un carton mal dimensionné. Elle était lasse de ce terrier à meute de guerre, fatiguée de cette odeur de bière tiède et de sperme séché.
Elle était déjà grande et chevaline, et sa poitrine opulente conjuguée à la certitude que rien ne vaut de gros seins dans un soutif lâche pour réussir un entretien d'embauche de serveuse lui avait fait sauter le pas de porte sans porte (cette dernière avait finalement cédé 1 mois plus tôt, victime du jeu du « je te projète dessus le plus fort possible, et t'as intérêt à te marrer... »).
Ses frères ne remarquèrent d'ailleurs pas tout de suite l'absence de « la grosse pute », petit nom d'autant plus injuste que Madeleine était vierge, virginité miraculeusement préservée à grands coups de pieds-poings-genoux dans les valseuses des 11 catastrophes génétiques...
A 16 ans, elle en faisait vingt et servait quatre demis en 30 secondes, sans faux cols, comme une professionnelle de la brasserie, sourire et décolleté compris.
Toujours vierge et chevaline, elle n'attendait ni même ne souhaitait une rencontre, concentrée qu'elle était sur le prix des boites pour chien (son molosse baveux, un bouffeur de pieds de chaise, un pitbull au doux nom de « chope-le ») et des anti-transpirants efficaces. Quant à la nourriture, le fritier lui faisait des prix et son frigo ne manquait jamais d'un bocal énorme de sauce andalouse.
Son seul héritage familial, c'était le langage... Elle ne pouvait s'en empêcher. Non pas qu'elle jurait comme ses frères, mais elle vitupérait, en perpétuelle colère contre tout, des sourires faux des arabes aux crachats des africains, de la permanente froissée de sa voisine de pallier aux raclages de gorge bruyants du cancéreux terminal d'en bas ; « qu'il crève, d'accord, mais en silence... ».
Et pourtant, nulle colère dans sa voix, au contraire. Une jubilation, des petits orgasmes de franchises de commères qui tiennent aux malheurs des autres plus qu'à la prunelle de leurs yeux, chez elle déjà jaunis.
Et voilà qu'aujourd'hui, jour de son 18ème anniversaire, dans ce bistrot noirci et à l'odeur rance, entraient, l'un après l'autre, en procession menaçante, les 11, endimanchés et rasés de près. Ils flairaient l'eau de Cologne bon marché, cravatés et boutonnés, chaussures vaguement cirées, les lippes non plus fières et arrogantes mais pesantes, si pesantes. La mère était morte, le foie avait déclaré forfait et le cœur avait abdiqué...
Madeleine lâchât ses 4 demis, sortit de son comptoir, s'arrêtât un instant presqu'éternel pour mieux les jauger, et leur demanda poliment : « et qu'est-ce que ces messieurs vont boire ? »


Photo : 3 des 4 demis, sans faux-cols.
(avec l'aimable autorisation de la Jupiler Pro League, photo : Jhonny B. Rooth, Seraing, 2009)


jeudi 17 octobre 2013

Lu dans « Nature et progrès », rubrique « chutes de pierres »

J'habite un pays où les montagnes se dressent pour parler.
La mienne, de montagne, s'appelle Mauricette. Elle n'a pas très bon caractère. Ses millénaires ne l'ont pas assagie, et c'est toujours avec autant de délectation sadique qu'elle provoque éboulis et avalanches, surtout en présence d'adolescents ou de mecs super-équipés, ses proies favorites...
Avec moi, ça va... Depuis sa dernière grosse colère à cause de mon GPS de marcheur, elle me laisse en paix. Bien sur, je fais attention, rien d'ostentatoire : un gsm pourri, des grosses godasses toutes usées, une vieille gourde toute cabossée... Et surtout pas de « bâton du marcheur » ; elle déteste ça, elle en fait des tonnes, au propre comme au figuré.
Certaines personnes ne savent pas la chance qu'ils ont... C'était avant-hier, je me promenais sur Mauricette. Mon chien marchait derrière moi, l'air penaud. C'est un caniche nain qui a appris à la dure, qu'en montagne, on ferme sa gueule ; Mauricette porte une haine féroce aux chiens qui aboient en général, et aux couinements aigus des petits chiens chiants, style le mien, en particulier.
En me retournant, je vis au loin une voiture qui se garait, un gros 4x4 noir (aie, Mauricette déteste les 4x4), de laquelle sortit une bande familiale aux couleurs chamarrées et aux équipements derniers cris (aie-aie-aie, ça va vraiment la faire chier, Ma Mauricette...).
Alors, je fais demi tour en criant et en agitant les bras. Je hurle « attention », et eux, ils se marrent. Une fois arrivé près d'eux, je leur explique, ma Mauricette, son caractère, ses antipathies... Ils rigolent toujours. Ils doivent penser que je suis l'hurluberlu local, et au vu de ma tenue, c'est plausible.
Alors j'essaie de faire sérieux, je raconte des épisodes précédents : mon GPS, le grand ensevelissement de l'entièreté des membres du Rotary venus fêter dans un environnement grandiose le 4000ème anniversaire de leur unité. Je leur ai aussi parlé du chien, un basset hystérique réduit en bouillie par un gros caillou de 2 tonnes tombé d'on ne sait où...
Ils se marraient encore plus ; on en était à la franche rigolade, « arrête-arrête, tu vas me tuer »...
J'étais perplexe. J'avais épuisé mes arguments, tenté l'honnêteté, et rien...
Pas loin, j'entendais Mauricette qui se mettait à grogner ; toute cette agitation, si près d'elle! Alors, après la phase « faisons prendre conscience aux imbéciles couillons qu'ils sont en train de faire une grosse bêtise », je suis passé en mode « je les sauverai malgré eux » ; j'ai pris mon opinelle (Mauricette adore les opinelles, mais elle exècre les limes à ongles...) et j'ai tailladé le plus vite possible le plus de pneus possibles avant qu'ils ne réalisent, se décident, me foncent dessus et m'atteignent, me plaquant au sol.
Ils m'ont confisqué mon opinelle et m'ont relevé un peu brutalement. Durant tout ce temps, Rackmaninov, mon caniche de chien, n'avait pas bronché, la peur de Mauricette au ventre...
Leurs pneus crevés, ils n'étaient plus si enthousiastes pour une ballade bucolique. Ils ont préféré appeler les flics du coin. Ces derniers n'ont pas tardé à arriver, et après une petite conversation avec la famille arc-en-ciel, un constat de l'état des pneus et la remise aux autorités de l'arme du crime, je me suis fais embarquer.
J'ai voulu, aux policiers, parler de Mauricette... Mais ça n'aurait fait qu'aggraver mon cas. Alors j'ai déliré très théâtralement sur ma haine des 4x4, ma passion pour la montagne et mon adolescence malheureuse.
Comme je ne suis pas sans le sou, j'ai proposé le remboursement des pneus séance tenante, et pour rester dans le personnage, j'ai même fait l'éloge des petites voitures électriques, mais en sourdine.
Je suis relativement fier de moi. J'ai sauvé la vie d'une famille nombreuse et aisée (les pauvres se promènent peu...). Et puis, je n'ai pas trop le choix ; ma maison est à flanc de montagne, à flanc de Mauricette. J'ai pas intérêt à la décevoir...
Photo : Mauricette et un couple d'amis (Everest et Kilimandjaro), grisés par la haute altitude (Discovery channel, capture d'écran)

mercredi 25 septembre 2013

Lu dans « Danses de salon », rubrique « On y peut rien »

Maman est folle...
Hier, elle a braqué le boulanger, armée d'une baguette et d'une bouteille de Jupiler . Elle a crié un aigu « tous à terre, ou j'terrorise » et s'est placée en position kung-fu.
Au début, on l'a pas trop cru ; vêtue de son peignoir en flanelle rose et chaussée de ses pantoufles lâches, elle n'impressionnait guère. Sa chevelure châtain grisonnante échevelée, pour pas dire total explosée, n'était pas plus convaincante.
C'est là que les choses se sont compliquées ; furieuse de ne pas être prise au sérieux, elle a fracassé le chignon de madame Germaine (la femme d'Albert, le passionné de la chaise solide) à grands coups de baguette, baguette en lambeaux dès le 3ème gros « pan dans le chignon ».
Faute de baguette décente, l'agression s'est arrêtée. Un silence respectueux s'est alors installé. C'étaient, selon les témoin, un instant quasi religieux...
Le cerveau du boulanger, jusque là en forme de bouche bée, s'est lentement remis en marche. Et c'est sans surprise qu'il a prononcé la phrase-type de ce genre d'évènements rarissimes : un « Non mais ça va pas ma ptite dame !» offusqué et méprisant, suivi d'un tour des regards des autres clients, en quête d'approbation...
Re-furieuse, maman, plus en pétard que jamais, a lancé à la tête de l'indigné la bouteille de jup'.
Elle a frôlé le bonnet blanc, genre « ici, c'est de l'artisanal ! », et s'est écrasée dans un splash décevant sur un tout beau pain au levain.
C'est à ce moment que je suis entré dans la boulangerie, ignorant tout de ce braquage surréaliste...
Les yeux fous, maman m'a fixé. Son regard était méfiant, elle semblait ne pas me reconnaitre...
Timidement, j'ai dis « maman...?! ». Des larmes sont alors apparues, coulant lentement sur son visage encore beau.
Je me suis approché d'elle. Elle n'a pas bougé.
Délicatement, je lui ai pris la main. Cette main que j'avais connue douce et lisse, fouillant mes cheveux longs d'enfant, était tâchée par l'age, ridée de toute l'histoire du monde, façon parchemin mystérieux.
La voix chevrotante et un peu inquiète, elle a prononcé mon prénom :  « Frédéric... ».
Elle a dégagé sa main de la mienne et m'a enlacé tendrement. Son regard n'était plus fou, les larmes avaient cessés. Et c'est dans un chuchotement plein de malice qu'elle m'a glissé à l'oreille : « allez, dansons sur les pains au chocolat ».

  
Photo : David Carradine, maman et Germaine, en pleine discussion sur le prix de la baguette (Place Tian'anmen, Chine, lors du congrès international de la sculpture en papier mâché, agence « Yes we can »)



samedi 21 septembre 2013

Lu dans "Babar au Congo", rubrique "Populations déplacées"

Les frontières sont très anciennes...

Aux dires des spécialistes et des dernières nouvelles, elles dateraient d'il y a longtemps-longtemps, d'autrefois, du temps de jadis, très précisément !

Elle ont été inventées par les tous premiers mâles, qui, en matière de frontière, pissaient un rond d'une dizaine de mètres de circonférence pour signifier les limites du bout de terre où se trouvait la belle et où ça suintait la phéromone b74bis.
En ces temps-là, la ligne pointillée produite autour de la Germaine (la première femme s’appelait « Germaine », mais ceci est une autre histoire) était plutôt orange...
Évidement, ce procédé ne manqua pas de paraître un peu rustre. Fallait quand même une bonne dose de manque de confiance en soi pour se rassurer à si bas prix ! Et ça puait grave, rapport à leur alimentation de l'époque pas toujours très fraîche et à l'eau souvent croupie.
Le temps de jadis passant, cette pratique tomba en désuétude, et seuls certains milieux huppés, où la nourriture produit une urine de qualité, pouvaient se permettre de succomber à la tentation,.
Bien sur, on n'allait pas jusqu'à le proclamer haut et fort, et l'on savait au fond de soi, quand même, ben oui, c'était pas terrible...
Plus tard, presque plus jadis mais encore autrefois, d'autres hommes plus évolués ont agrandis le  domaine réservé ; la phéromone b74 bis n'était plus la seule sur le marché du « je veux et j'exige ! ». On ne désirait plus seulement la Germaine, mais aussi le puits, le champs du joli arbre fruitier (des mirabelles), la belle baraque des parents de la bien-aimée, la vue imprenable sur le lac du coin et la présence massive de « sur 4 pattes », constituant, une fois bien préparés, des mets succulents.
Plus question de pisser autour d'une si vaste étendue ! Ou alors à 4000 …Mais 4000 proprios pisssant au même endroit..., c'etait risqué !
On se regroupa quand même à plusieurs, mais pas trop, on saigna la vache Germaine (la première vache s’appelait aussi Germaine, et c'est aussi toute une autre histoire), et on récoltât son sang.
On badigeonna ensuite des grandes pierres cernant le périmètre, de ce rouge inimitable, le German blood red type, pierres cernant de gré ou de force les intérêts territoriaux liés aux nombreuses et diverses phéromones...
(relisez ; même moi, j'ai du mal!)
Tout ça pour dire que l'école, c’est dégueulasse. 
Mon fils de 7 ans a commencé à prendre conscience de la géographie, ce qui en deuxième primaire, est inévitable.
Et les zenfants de regarder la carte, de découvrir des pays, des formes étranges, dont le trait est une ligne rouge.
Alors, l'enfant voulu voir la ligne rouge...
Du temps de jadis, pisse ou sang de Germaine, on pouvait ! Aujourd’hui plus...
Plus de ligne rouge peinte au sol.
Oui... Pas de ligne rouge, un monde s'écroule...

Photo : de gauche à droite, Germaine (la femme), Germaine (la vache, sapée) et le serial-pisseur (à la retraite).  (Photo, courtesy of Grivegnée-bas LSD, in "2011, une Histoire d'urinoirs", chapitre "le terrible complot" )

jeudi 19 septembre 2013

Lu dans "Tank Girl", rubrique "woman is always right"

Chausse-trappe : du latin chaudus (« chaudasse ») et « strappus » (« sur le strapontin ») ; litt., une dame au tempérament torride qui se tortille sur le strapontin. Ex : « chausse-trappe à l'opéra, bingo dans la loggia » (Hétéroclite, "Le clitoris, ce bel inconnu", p.252, Wanfercée-Baulet, éd. Fontaine et Potiron).
Dans l'antiquité, c'est à dire aux temps de jadis il y a longtemps-longtemps, la chausse-trappe était très en vogue ; elle incarnait la femme libre et belle, se tortillant pour trouver une place confortable ; à ce sujet, on rapporte qu'actuellement, le confort des femmes, chausse-trappe ou pas, n'est pas parfait.
Avant l'antiquité, et là c'est il y a très-très-très longtemps-longtemps, bien avant le temps de jadis, la chausse-trappe avait mauvaise presse ; la résistance des matériaux, cette science neuve, n'avait pas encore permis la construction de strapontins solides et durables. Le tortillage de la dame mettait donc fort à mal ce dernier des derniers.
Et avant l'antiquité de l'antiquité, à l'age surnommé de pierre, la chausse-trappe était unanimement perçue comme une masochiste, assise seule sur son caillou pointu, la mine extatique et la pierre trempée...
Aujourd'hui, la chausse-trappe désigne une femme inaccessible et belle. Belle parce qu'elle est belle. Inaccessible par manque de place.
Il s'agit souvent d'une jolie retardataire qu'on case, qu'on compresse, qu'on insère au chausse-pied, le tout discrètement et avec dédain (le strapontin, c'est quand même qu'une place de dernière classe...)
Le mâle, observant tout sauf le solo violon de la judéo-palestinienne Fatima Goldblum, aperçoit la dame ; il ne sait pas encore qu'il s'agit là d'une chausse-trappe. Pour lui, seul et résolu à ne pas le rester, l'occasion est trop belle. Une femme seule et en retard, ça sent la célibataire qui veut se changer les idées, mais qui a oublié de mettre le réveil après ses 2 xanax. La névrose étant établie, les jeux, pour lui, sont fait.
C'est alors que son scénario, tout élaboré qu'il soit, part en vrille. La place manque et les techniques habituelles ne lui sont ici d'aucun secours ; du plus audacieux « il n'y a plus de place, pourrai-je partager votre siège si vaste ? » au timide « vous pouvez me garder mon portable tandis que je vais faire un tour aux toilettes ? ». Le mâle est alors en zone d'incertitude... Il n'a pas tout saisi, et s'en trouve mortifié.
Et en effet, cet étonné frustré ne comprend pas encore à à quel point son intuition est fondée, et donc que c'est pas ce coup-ci qu'il va couiner toute la nuit.
Cette dame, en effet, ne subit pas le strapontin, elle le choisi. Elle ne cherche pas à s'étendre nonchalamment, mais souhaite l'exiguïté. Que ce soit le fait de sa psychologie de base, ou lié à sa récente vision de « Dirty Dancing » (« mon espace de danse, ton espace de danse »), elle veut l'étroitesse, la cherche, la trouve.
Le mâle éprouve alors une nauséeuse ivresse, sent le sol se dérober sous ses pieds, et découvre qu'à la place de son siège spacieux, un trou noir est apparu.
Il va tomber, il tombe, la chausse-trappe a encore gagné.

 Photo : Chausse, Trappe et Bobette, en pleine répétition d'un opéra comique ("La Casse-noisette"). Avec l'aimable autorisation de l'orchestre philharmonique de Bamako.

mercredi 18 septembre 2013

Lu dans "Mon Cul", rubrique "Musiques d'ailleurs"

L'intestin grêle... Encore un organe bien belge, pense-t-on, qui drache et mouille abondamment !
Et non ! S'il grêle, c'est en privé, bien au chaud, au creux d'un de nos espaces intérieurs, ceux qu'on oublie tout le temps. A vrai dire, ceux auxquels on a pas trop envie de penser. Des années d'affiches pour la prévention du cancer de nos entrailles nous les ont fait les occulter, nier et finalement disparaitre de notre conscience.
Et jusqu'à un certain point, ça marche ! « La grêle, ça n'arrive qu'aux autres », « S'il grêle, c'est qu'il doit grêler », ou « j'vais t'en foutre, moi, une grêlée intestinale » sont autant de faux-fuyants, de leurres, persuadant l'homme du 21ème que ses viscères sont aussi jolis que son corps d'athlète, ou que son corps tout court.
Pourtant, si l'intestin grêle, en plus d'avoir ses raisons, c'est avec entrain.
Avec ses mètres et ses mètres de longueur, sa grêle se fait ondulation.
Ses torsades envoutantes provoquent des sons primaires, tout droits sortis d'un univers australien plein de didjeridus qui râlent et de crapeaux-buffles qui pètent.
Ses lovages ordonnés sont pour le poète autant que pour le compulsif de l'ordre une preuve de l'existence de dieu.
Sa serpentine attitude fascine le soldat américain éventré autant que le tortionnaire rigolo au bistouri.
Ses brusques sursauts nous enchantent ou nous font courir plus vite qu'à l'habitude dans ces lieux que l'on dit de commodité...

En bref, l'intestin, lorsqu'il grêle, ne suscite ni l'indifférence, ni l'immobilité.

 Photo : Bob Intestin, Julie Pancréas et Marlène Foie, au symposium annuel des armes de destructions massives, La Grêle, USA.

jeudi 12 septembre 2013

Lu dans « Les soins dentaires sans douleurs », rubrique « dettes et psychiatrie »

Le ciel est verdâtre. Une pluie fine, à peine plus qu'un brouillard, fantomatise le paysage. Du fond d'une vallée lointaine, un son se fait entendre. Ténu, au début, ce son s'impose et se précise, les voyelles et les consonnes se mettent lentement en place. Et c'est là que j'entends, distinctement, « factuuuuuuuuuuuuuures, factuuuuuuuuuuuuuures.... », tel un loup qui hurle à la lune, un soir de pleine lune, sinon ce n'est pas la peine et le loup a l'air con...
Soudain, de ce ciel étrange, tombent par centaines des missives si caractéristiques, dont on sait au premier coup d'œil qu'elles ne sont pas des déclarations d'amour ou des lettres d'amis partis au loin, racontant leurs épopées. Elles sont toutes ornées de logos si familiers; gaz, électricité, téléphone, internet, sociétés de crédit, écoles des gamins, compagnie des eaux, et les pires, huissiers.
Et cette pluie de lettres inonde tout, recouvre les routes, les toits, les appuies fenêtres, les parterres de bégonias. Toutes sont marquées de mon nom et de mon adresse.
Les ouvriers communaux, au lieu de jeter tout ça dans leur grand sac vert, les empilent et les rangent. Les mamies les balayent de leurs trottoirs, mais renoncent vite à ce qui est un travail de Sisyphe, à refaire sitôt fini... Quelques curieux les ouvrent et font des « rhoooo », la bouche ronde, le regard médusé.
Un passant me désigne du doigt, et tous se mettent à foncer sur moi, scandalisé par tant de bordel paperassier. Ces nom et prénom, imprimés sur chaque lettre, ont enfin un visage, un corps, et il va déguster.
C'est un certain « Maurice » qui court le plus vite, une poignée de cet infâme courrier à la main. « Je vais te les faire bouffer », me crie-t-il, hors d'haleine. Il m'atteint et le choc est rude. Tous deux, nous tombons. Il ne rigolait pas, le Maurice; il veux vraiment me les faire bouffer. Il les chiffonne, les roule en boule, et les presse de plus en plus fort entre mes lèvres, contre mes dents serrées. Ce n'est plus qu'une question de temps...
Je me redresse d'un bond dans mon lit, transpirant des pieds à la tête. Dans ma bouche, presque méconnaissable, un ticket « Win for life » mâché et remâché, que, surpris, je recrache le plus loin possible.
Décidément, les rêves, ça n'a aucun sens...


 

Photo : un huissier, une gentille dame de l'ONEM et ma banquière, après une séance particulièrement défoulante de sadisme social


vendredi 6 septembre 2013

Lu Dans "Le Financial Boy Tribune", rubrique "Et le Dow-Jones dans tout ça ?!"

"Mon fils s’appelle Albert et c’est pas de la tarte tous les jours. Avec lui, pas de jours fériés, pas de congés payés…
Déjà, à 6 ans, il mettait des pétards pirates dans le trou de balle des chats et les faisait exploser à distance. Il a décimé le quartier, et aspergé de morceaux de chair une sacrée série de façades et ailes de voitures. Nous, on faisait comme si de rien n’était, comme nous l’avais conseillé le docteur Bob, psypédagogue et peintre.
A 8 ans, c’est au Saint-Bernard de la rue Macheroulle qu’il s’est attaqué. Il a réussi, on ne sait trop comment, à amadouer le Féroce Adolf et à lui enfourner rectalement la plus grosse fusée du magasin de farces et attrapes. Là aussi, à distance, il a allumé la mèche… Le lendemain, on retrouvait encore à trois pâtés de maison des morceaux du clébard !
A 10 ans, c’est l’étalon de chez Eliard qu’il mettait en pièces, toujours à distance respectueuse, prudent qu’il est, le sale moutard.
Et l’apothéose… A 15 ans, il s’est introduit nuitamment au Zoo d’Anvers et a satellisé le rhinocéros blanc, un male, dernier reproducteur de son espèce… On était un peu gênés… Mais comme toujours, Docteur Bob, de plus en plus peintre, nous conseillait de faire du comme si rien du tout.
Nous, Il nous fatigue de plus en plus. Il a 18 ans demain, et ses connaissances s’étendent. Il a internet dans sa chambre et on a peur. Et s’il lui venait l’idée d’exploser des gens ? Ses proches, par exemple…
Aidez nous…
Des parents perdus et un peu flippés"



Photo : Moi, ma femme et Albert, à Liège, en stage chez les Démineurs du 8ème de cavalerie.

mercredi 4 septembre 2013

Lu dans "Pédagogie et gynécologie", rubrique "Les nouvelles technologies"

Aujourd’hui, j’ai gaffé…
« Gaffer », ce n’est peut-être pas le bon verbe ; j’ai frappé un élève, moi, un prof, ce qui est rigoureusement interdit si cela se fait en présence de témoins.
« Frapper » ?! La gentille approximation…
Je lui ai salement fracassé le nez et je lui ai fait avaler trois dents, deux molaires et une canine…
Je l’ai massacré avec plaisir et sans culpabilité, tapant là où ça fait mal, jouissant de tout ce sang rouge qui inondait sa bête farde aux couleurs d’un club de foot italien.
J’aurai pas du…
Je m’en veux…
Je me suis laissé emporter…
Ce petit con de 13 ans me faisait déjà chier depuis presque 2 heures, lorsqu’il a appelé ses parents avec son portable pour leur signaler qu’il n’y avait rien à signaler, et j’ai pas supporté.
J’ai satellisé son gsm, fenêtre grande ouverte, et comme il s’insurgeait bruyamment (sa mère n’avait pas encore eut le temps de lui dire que de son côté aussi, rien n’était à signaler), mon regard s’est voilé, mon cerveau moral s’est déconnecté, et je suis entré en phase réflexe naturel ; la sélection par la disparition…
Le reste de la classe, au départ amusée par le lancer de téléphone, s’est carrément muée en aile ultra-hooligans lorsque je me suis frayé un chemin à grands coups de pieds dans les bancs… Ils appuyaient sans réserve mon désir de mise à mort rapide. 
Ça ne m’a pas aidé !
La suite n’est plus très claire ; après le nez et les dents, je crois me souvenir avoir voulu le mordre et l’assommer avec une chaise, et c’est à ce moment que la sonnette a retenti !
Alors, calmement, je suis retourné vers mon estrade et j’ai dicté le journal de classe.


Photo : John W. se tripote discrètement pendant que Nadine et Ivanna se préparent à injecter aux étudiants un laxatif puissant (illustration de l'enquête Opsos, "L'école est-elle un milieu favorisant l'auto-médication", oct. 2007)


mardi 3 septembre 2013

Lu dans "Ce n'est pas la longueur qui compte" du Caire, rubrique "Soutien scolaire"

« La ponte est à la poule ce que Meursault est à Camus » ; voilà le thème de la dissertation surprise que notre professeur de physique quantique nous a demandé d'effectuer en un temps record, 17 minutes...
Consternation...!
Déjà, le mois dernier, « Blaireaux sur la défense et théologie moderne » nous avait plongé dans un abime de réflexions ; certains avaient discourus sur la puanteur du blaireau, une légende urbaine très ancienne. D'autres sur la lenteur de la théologie moderne, légende urbaine plus ancienne encore.
Enfin, des ergoteurs avaient ergotés sur le sens du mot « blaireau », préférant l'accessoire nécessaire de tout bon rasage à l'animal superbe, et sur le concept de modernité, sans lequel la supériorité évidente de la culture occidentale y perdrait un peu de son crédit, impensable idée...
Le blaireau en poils naturels de cul de génisse pré-pubère et le couple couteau-fourchette avaient encore un bel avenir comme preuves de supériorité de notre définition du monde et des choses.
Mais pour cette nouvelle dissert', l'étonnement, voire l'effarement, étaient au rendez-vous.
Tous et toutes connaissions, bien sur, Brendan Camus et sa trilogie : « Sisyphe », « Famille nombreuse, famille heureuse » et « Dark Vador contre Godzilla ». Mais de là à établir un lien entre Meursault, cet antihéros récurrent dépourvu de toute pilosité comme de scrupules, et la ponte de la poule, l'épreuve était rude.
La majorité d'entre nous séchait, mordillant compulsivement notre tableau de Mendeleïev, ce qui n'était pas très joli à voir.
Alors, comme la logique semblait absente de ce devoir improvisé, j'ai improvisé ; Meursault est devenu « saut de la mort », et la ponte, sur-saut ancestral que toute poule qui se respecte effectue avec brio, accompagné d'un « côôôt » aigu, l'œuf enfin pondu.
Les 17 minutes se sont écoulées. J'ai rendu ma feuille et mangé mon crayon. 


 
Photo : Camus et 2 poules, toutes 2 stériles (agence WTF, 2012)