samedi 21 septembre 2013

Lu dans "Babar au Congo", rubrique "Populations déplacées"

Les frontières sont très anciennes...

Aux dires des spécialistes et des dernières nouvelles, elles dateraient d'il y a longtemps-longtemps, d'autrefois, du temps de jadis, très précisément !

Elle ont été inventées par les tous premiers mâles, qui, en matière de frontière, pissaient un rond d'une dizaine de mètres de circonférence pour signifier les limites du bout de terre où se trouvait la belle et où ça suintait la phéromone b74bis.
En ces temps-là, la ligne pointillée produite autour de la Germaine (la première femme s’appelait « Germaine », mais ceci est une autre histoire) était plutôt orange...
Évidement, ce procédé ne manqua pas de paraître un peu rustre. Fallait quand même une bonne dose de manque de confiance en soi pour se rassurer à si bas prix ! Et ça puait grave, rapport à leur alimentation de l'époque pas toujours très fraîche et à l'eau souvent croupie.
Le temps de jadis passant, cette pratique tomba en désuétude, et seuls certains milieux huppés, où la nourriture produit une urine de qualité, pouvaient se permettre de succomber à la tentation,.
Bien sur, on n'allait pas jusqu'à le proclamer haut et fort, et l'on savait au fond de soi, quand même, ben oui, c'était pas terrible...
Plus tard, presque plus jadis mais encore autrefois, d'autres hommes plus évolués ont agrandis le  domaine réservé ; la phéromone b74 bis n'était plus la seule sur le marché du « je veux et j'exige ! ». On ne désirait plus seulement la Germaine, mais aussi le puits, le champs du joli arbre fruitier (des mirabelles), la belle baraque des parents de la bien-aimée, la vue imprenable sur le lac du coin et la présence massive de « sur 4 pattes », constituant, une fois bien préparés, des mets succulents.
Plus question de pisser autour d'une si vaste étendue ! Ou alors à 4000 …Mais 4000 proprios pisssant au même endroit..., c'etait risqué !
On se regroupa quand même à plusieurs, mais pas trop, on saigna la vache Germaine (la première vache s’appelait aussi Germaine, et c'est aussi toute une autre histoire), et on récoltât son sang.
On badigeonna ensuite des grandes pierres cernant le périmètre, de ce rouge inimitable, le German blood red type, pierres cernant de gré ou de force les intérêts territoriaux liés aux nombreuses et diverses phéromones...
(relisez ; même moi, j'ai du mal!)
Tout ça pour dire que l'école, c’est dégueulasse. 
Mon fils de 7 ans a commencé à prendre conscience de la géographie, ce qui en deuxième primaire, est inévitable.
Et les zenfants de regarder la carte, de découvrir des pays, des formes étranges, dont le trait est une ligne rouge.
Alors, l'enfant voulu voir la ligne rouge...
Du temps de jadis, pisse ou sang de Germaine, on pouvait ! Aujourd’hui plus...
Plus de ligne rouge peinte au sol.
Oui... Pas de ligne rouge, un monde s'écroule...

Photo : de gauche à droite, Germaine (la femme), Germaine (la vache, sapée) et le serial-pisseur (à la retraite).  (Photo, courtesy of Grivegnée-bas LSD, in "2011, une Histoire d'urinoirs", chapitre "le terrible complot" )