« La
ponte est à la poule ce que Meursault est à Camus » ; voilà
le thème de la dissertation surprise que notre professeur de
physique quantique nous a demandé d'effectuer en un temps record, 17
minutes...
Consternation...!
Déjà,
le mois dernier, « Blaireaux sur la défense et théologie
moderne » nous avait plongé dans un abime de réflexions ;
certains avaient discourus sur la puanteur du blaireau, une légende
urbaine très ancienne. D'autres sur la lenteur de la théologie
moderne, légende urbaine plus ancienne encore.
Enfin,
des ergoteurs avaient ergotés sur le sens du mot « blaireau »,
préférant l'accessoire nécessaire de tout bon rasage à l'animal
superbe, et sur le concept de modernité, sans lequel la supériorité
évidente de la culture occidentale y perdrait un peu de son crédit,
impensable idée...
Le
blaireau en poils naturels de cul de génisse pré-pubère et le
couple couteau-fourchette avaient encore un bel avenir comme preuves
de supériorité de notre définition du monde et des choses.
Tous
et toutes connaissions, bien sur, Brendan Camus et sa trilogie :
« Sisyphe », « Famille nombreuse, famille
heureuse » et « Dark Vador contre Godzilla ». Mais
de là à établir un lien entre Meursault, cet antihéros récurrent
dépourvu de toute pilosité comme de scrupules, et la ponte de la
poule, l'épreuve était rude.
La
majorité d'entre nous séchait, mordillant compulsivement notre
tableau de Mendeleïev, ce qui n'était pas très joli à voir.
Alors,
comme la logique semblait absente de ce devoir improvisé, j'ai
improvisé ; Meursault est devenu « saut de la mort », et
la ponte, sur-saut ancestral que toute poule qui se respecte effectue
avec brio, accompagné d'un « côôôt » aigu, l'œuf
enfin pondu.
Les
17 minutes se sont écoulées. J'ai rendu ma feuille et mangé mon
crayon.
Photo
: Camus et 2 poules, toutes 2 stériles (agence WTF, 2012)
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