mardi 3 septembre 2013

Lu dans "Ce n'est pas la longueur qui compte" du Caire, rubrique "Soutien scolaire"

« La ponte est à la poule ce que Meursault est à Camus » ; voilà le thème de la dissertation surprise que notre professeur de physique quantique nous a demandé d'effectuer en un temps record, 17 minutes...
Consternation...!
Déjà, le mois dernier, « Blaireaux sur la défense et théologie moderne » nous avait plongé dans un abime de réflexions ; certains avaient discourus sur la puanteur du blaireau, une légende urbaine très ancienne. D'autres sur la lenteur de la théologie moderne, légende urbaine plus ancienne encore.
Enfin, des ergoteurs avaient ergotés sur le sens du mot « blaireau », préférant l'accessoire nécessaire de tout bon rasage à l'animal superbe, et sur le concept de modernité, sans lequel la supériorité évidente de la culture occidentale y perdrait un peu de son crédit, impensable idée...
Le blaireau en poils naturels de cul de génisse pré-pubère et le couple couteau-fourchette avaient encore un bel avenir comme preuves de supériorité de notre définition du monde et des choses.
Mais pour cette nouvelle dissert', l'étonnement, voire l'effarement, étaient au rendez-vous.
Tous et toutes connaissions, bien sur, Brendan Camus et sa trilogie : « Sisyphe », « Famille nombreuse, famille heureuse » et « Dark Vador contre Godzilla ». Mais de là à établir un lien entre Meursault, cet antihéros récurrent dépourvu de toute pilosité comme de scrupules, et la ponte de la poule, l'épreuve était rude.
La majorité d'entre nous séchait, mordillant compulsivement notre tableau de Mendeleïev, ce qui n'était pas très joli à voir.
Alors, comme la logique semblait absente de ce devoir improvisé, j'ai improvisé ; Meursault est devenu « saut de la mort », et la ponte, sur-saut ancestral que toute poule qui se respecte effectue avec brio, accompagné d'un « côôôt » aigu, l'œuf enfin pondu.
Les 17 minutes se sont écoulées. J'ai rendu ma feuille et mangé mon crayon. 


 
Photo : Camus et 2 poules, toutes 2 stériles (agence WTF, 2012)