Le
ciel est verdâtre. Une pluie fine, à peine plus qu'un brouillard,
fantomatise le paysage. Du fond d'une vallée lointaine, un son se
fait entendre. Ténu, au début, ce son s'impose et se précise, les
voyelles et les consonnes se mettent lentement en place. Et c'est là
que j'entends, distinctement, « factuuuuuuuuuuuuuures,
factuuuuuuuuuuuuuures.... », tel un loup qui hurle à la lune,
un soir de pleine lune, sinon ce n'est pas la peine et le loup a
l'air con...
Soudain,
de ce ciel étrange, tombent par centaines des missives si
caractéristiques, dont on sait au premier coup d'œil qu'elles ne
sont pas des déclarations d'amour ou des lettres d'amis partis au
loin, racontant leurs épopées. Elles sont toutes ornées de logos
si familiers; gaz, électricité, téléphone, internet, sociétés
de crédit, écoles des gamins, compagnie des eaux, et les pires,
huissiers.
Et
cette pluie de lettres inonde tout, recouvre les routes, les toits,
les appuies fenêtres, les parterres de bégonias. Toutes sont
marquées de mon nom et de mon adresse.
Les
ouvriers communaux, au lieu de jeter tout ça dans leur grand sac
vert, les empilent et les rangent. Les mamies les balayent de leurs
trottoirs, mais renoncent vite à ce qui est un travail de Sisyphe, à
refaire sitôt fini... Quelques curieux les ouvrent et font des
« rhoooo », la bouche ronde, le regard médusé.
Un
passant me désigne du doigt, et tous se mettent à foncer sur moi,
scandalisé par tant de bordel paperassier. Ces nom et prénom,
imprimés sur chaque lettre, ont enfin un visage, un corps, et il va
déguster.
C'est
un certain « Maurice » qui court le plus vite, une
poignée de cet infâme courrier à la main. « Je vais te les
faire bouffer », me crie-t-il, hors d'haleine. Il m'atteint et
le choc est rude. Tous deux, nous tombons. Il ne rigolait pas, le
Maurice; il veux vraiment me les faire bouffer. Il les chiffonne, les
roule en boule, et les presse de plus en plus fort entre mes lèvres,
contre mes dents serrées. Ce n'est plus qu'une question de temps...
Je
me redresse d'un bond dans mon lit, transpirant des pieds à la tête.
Dans ma bouche, presque méconnaissable, un ticket « Win for
life » mâché et remâché, que, surpris, je recrache le plus
loin possible.
Décidément,
les rêves, ça n'a aucun sens...
Photo
: un huissier, une gentille dame de l'ONEM et ma banquière, après
une séance particulièrement défoulante de sadisme social
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