mercredi 18 septembre 2013

Lu dans "Mon Cul", rubrique "Musiques d'ailleurs"

L'intestin grêle... Encore un organe bien belge, pense-t-on, qui drache et mouille abondamment !
Et non ! S'il grêle, c'est en privé, bien au chaud, au creux d'un de nos espaces intérieurs, ceux qu'on oublie tout le temps. A vrai dire, ceux auxquels on a pas trop envie de penser. Des années d'affiches pour la prévention du cancer de nos entrailles nous les ont fait les occulter, nier et finalement disparaitre de notre conscience.
Et jusqu'à un certain point, ça marche ! « La grêle, ça n'arrive qu'aux autres », « S'il grêle, c'est qu'il doit grêler », ou « j'vais t'en foutre, moi, une grêlée intestinale » sont autant de faux-fuyants, de leurres, persuadant l'homme du 21ème que ses viscères sont aussi jolis que son corps d'athlète, ou que son corps tout court.
Pourtant, si l'intestin grêle, en plus d'avoir ses raisons, c'est avec entrain.
Avec ses mètres et ses mètres de longueur, sa grêle se fait ondulation.
Ses torsades envoutantes provoquent des sons primaires, tout droits sortis d'un univers australien plein de didjeridus qui râlent et de crapeaux-buffles qui pètent.
Ses lovages ordonnés sont pour le poète autant que pour le compulsif de l'ordre une preuve de l'existence de dieu.
Sa serpentine attitude fascine le soldat américain éventré autant que le tortionnaire rigolo au bistouri.
Ses brusques sursauts nous enchantent ou nous font courir plus vite qu'à l'habitude dans ces lieux que l'on dit de commodité...

En bref, l'intestin, lorsqu'il grêle, ne suscite ni l'indifférence, ni l'immobilité.

 Photo : Bob Intestin, Julie Pancréas et Marlène Foie, au symposium annuel des armes de destructions massives, La Grêle, USA.